Lux Æterna

Des églises "IKEA". Les usines d'évêques à faire soi-même.

Nous contemplons impuissant le naufrage du catholicisme contemporain : le reniement pratique du dogme de la Primauté de Pierre, de juridiction et de gouvernement. La FSSPX a de nouveau ouvert la boîte de pandore et désormais, chacun semble vouloir sa propre Église et ses propres pasteurs. Une nouvelle consécration a eu lieu chez un groupuscule sédévacantiste, les "Redemptoristes transalpins". Tous prétextent être de vrais fils de l'Église catholique, pourtant, le fondement même de l'Église catholique repose sur le roc de Pierre et sur le collège apostolique uni à lui. Nous assistons à une double attaque symétrique. D'un côté, les progressistes n'ont que faire du pape ; de l'autre, les intégristes font exactement de même. Chacun fabrique son Église selon ses propres désirs. C'est la ruine du catholicisme, car c'est la destruction de son unité organique et ontologique.

​Cette fragmentation mortifère de l'Eglise est le fruit d'une tenaille à deux mâchoires:
-​Le progressisme qui dissout l'autorité pontificale et le magistère dans les exigences de la modernité sans Christ, réduisant la foi à une construction horizontale où le dogme s'efface devant l'air du temps.
​-L'intégrisme dissident qui consomme une rupture effective avec le gouvernement de l'Église pour préfèrer un paradigme ecclésial anachronique et porteur lui aussi de nombreuses tares, en s'arrogeant pour cela le droit de multiplier les structures et les ordinations en dehors de la communion pontificale, consacrant l'idée d'une autonomie de fait.
​Dans les deux camps, le résultat est tragique pour la religion catholique: c'est le triomphe des passions humaines et le naufrage d'une intelligence qui ne parvient plus à discerner le bien commun de l'Église. C'est la subjectivité de tout un chacun qui prime sur l'objectivité de la structure ecclésiale et de son autorité voulue par Dieu selon ce qu'affirme le dogme catholique.

​Le concile Vatican II a souhaité sortir l'Église d'une posture tyrannique et d'une coercition sans faille des consciences, qui étaient assurées par sa collusion séculaire avec le pouvoir temporel. La révolution Française, puis le choix de Vatican2 d'appeler chaque catholique à un choix vraiment personnel pour le Christ on fait exploser la matrice catholique.
Le retrait de cette rigueur d'encadrement institutionnel et sociologique a agi comme un révélateur brutal. Il a mis en lumière ce qu'il y avait réellement dans le cœur de la masse des catholiques occidentaux : l'absence d'une véritable relation personnelle avec le Christ, d'un amour authentique pour Lui, d'un désir réel de vivre de Sa vie, finalement la réalité d'une masse de catholiques inconvertis. La liberté offerte n'a pas engendré la sainteté, mais a exposé la fragilité d'une foi vécue par habitude, par instinct grégaire, par conformisme religieux, par besoin de cohésion sociale.

​Face à ce constat, comment ne pas voir l'œuvre du diable ? Si le Malin voulait démontrer à la face du monde que l'Église n'est qu'une institution purement humaine, qui n'a fonctionné durant des siècles que par son alliance avec le pouvoir temporel et la contrainte des consciences, il ne s'y prendrait pas autrement.
​Aujourd'hui, par le truchement conjugué des progressistes et des intégristes, le diable remporte un triomphe redoutable en offrant au monde le spectacle d'une Église divisée, minée de l'intérieur par l'orgueil de ses chapelles et l'impuissance des autorités. Et Dieu dans tout cela ? Et bien nous vivons peut être l'une des plus grandes grâces que Dieu puisse faire à la collectivité des chrétiens : permettre le chaos institutionnel pour que les catholiques qui veulent vraiment vivre du Christ puissent être libéré du cléricalisme autoritaire et de l'ecclésiocentrisme infertile pour revenir à ce qui est vraiment le roc du chrétien: la relation direct et sans intermédiaires superflus avec le Seigneur et la Parole de Dieu immuable et éternelle. C'est possiblement ainsi qu'aujourd'hui le bon grain et separé de l'ivraie.
​Kyrie eleison.
1613
jean-yves macron

"M'est avis que le Christ et l'Eglise, c'est tout Un" (Sainte Jeanne d'Arc). Cette multiplication des opinions fondatrices porte un nom : le protestantisme d'origine ou la manifestation de la rebellion originelle au coeur même du catholicisme : le baptisé qui abandonne la foi en l'Eglise Corps mystique du Christ pour lui préférer être son propre sauveur : " Je crois en Dieu, mais pas en l'Eglise".