Des églises "IKEA". Les usines d'évêques à faire soi-même.
Cette fragmentation mortifère de l'Eglise est le fruit d'une tenaille à deux mâchoires:
-Le progressisme qui dissout l'autorité pontificale et le magistère dans les exigences de la modernité sans Christ, réduisant la foi à une construction horizontale où le dogme s'efface devant l'air du temps.
-L'intégrisme dissident qui consomme une rupture effective avec le gouvernement de l'Église pour préfèrer un paradigme ecclésial anachronique et porteur lui aussi de nombreuses tares, en s'arrogeant pour cela le droit de multiplier les structures et les ordinations en dehors de la communion pontificale, consacrant l'idée d'une autonomie de fait.
Dans les deux camps, le résultat est tragique pour la religion catholique: c'est le triomphe des passions humaines et le naufrage d'une intelligence qui ne parvient plus à discerner le bien commun de l'Église. C'est la subjectivité de tout un chacun qui prime sur l'objectivité de la structure ecclésiale et de son autorité voulue par Dieu selon ce qu'affirme le dogme catholique.
Le concile Vatican II a souhaité sortir l'Église d'une posture tyrannique et d'une coercition sans faille des consciences, qui étaient assurées par sa collusion séculaire avec le pouvoir temporel. La révolution Française, puis le choix de Vatican2 d'appeler chaque catholique à un choix vraiment personnel pour le Christ on fait exploser la matrice catholique.
Le retrait de cette rigueur d'encadrement institutionnel et sociologique a agi comme un révélateur brutal. Il a mis en lumière ce qu'il y avait réellement dans le cœur de la masse des catholiques occidentaux : l'absence d'une véritable relation personnelle avec le Christ, d'un amour authentique pour Lui, d'un désir réel de vivre de Sa vie, finalement la réalité d'une masse de catholiques inconvertis. La liberté offerte n'a pas engendré la sainteté, mais a exposé la fragilité d'une foi vécue par habitude, par instinct grégaire, par conformisme religieux, par besoin de cohésion sociale.
Face à ce constat, comment ne pas voir l'œuvre du diable ? Si le Malin voulait démontrer à la face du monde que l'Église n'est qu'une institution purement humaine, qui n'a fonctionné durant des siècles que par son alliance avec le pouvoir temporel et la contrainte des consciences, il ne s'y prendrait pas autrement.
Aujourd'hui, par le truchement conjugué des progressistes et des intégristes, le diable remporte un triomphe redoutable en offrant au monde le spectacle d'une Église divisée, minée de l'intérieur par l'orgueil de ses chapelles et l'impuissance des autorités. Et Dieu dans tout cela ? Et bien nous vivons peut être l'une des plus grandes grâces que Dieu puisse faire à la collectivité des chrétiens : permettre le chaos institutionnel pour que les catholiques qui veulent vraiment vivre du Christ puissent être libéré du cléricalisme autoritaire et de l'ecclésiocentrisme infertile pour revenir à ce qui est vraiment le roc du chrétien: la relation direct et sans intermédiaires superflus avec le Seigneur et la Parole de Dieu immuable et éternelle. C'est possiblement ainsi qu'aujourd'hui le bon grain et separé de l'ivraie.
Kyrie eleison.