Article 24 : la note d'universalité : Les très-graves erreurs de l'abbé Gleize, porte-plume théologique de la Fsspx
Résumé de l'article 23 : le lefébvriste gomme l'existence du Magistère du présent, au même titre que le protestant le fait de son côté par un tout autre moyen.
En effet, si, en présence d'une supposée opposition entre le Magistère du passé et celui du présent, le lefébvriste déclare ne vouloir tenir compte que du Magistère du passé, alors, il supprime hérétiquement le Magistère du présent. Aussi hérétiquement, donc, que le protestant.
Est-il théologiquement moins grave de supprimer hérétiquement le Magistère du présent par le moyen du Magistère du passé que par le moyen de l'Écriture ? La réponse est bien évidemment "non", puisque le résultat attentatoire, mortel, contre une loi de droit divin, est... le même.
(par V. Morlier)
Rappel de la thèse lefébvriste :
Le Magistère ordinaire & universel de l'Église n'est pas acté à Vatican II, car il ne peut être mis en œuvre que dans la dispersion épiscopale universelle ; dès lors que les évêques sont rassemblés, ils ne sont plus les sujets dudit Magistère ordinaire & universel ; pour cette seule raison, la Liberté religieuse par exemple ne saurait donc être un acte dudit Magistère ordinaire & universel infaillible.
En outre, l'acte isolé du Magistère ordinaire & universel n'est jamais doté de l'infaillibilité, seul l'ensemble des actes de ce Magistère posés au fil du temps sur un même point de doctrine, est infaillible. Comme par ailleurs, le mode magistériel extraordinaire dogmatique n'a pas été employé, par volonté expressément formulée par les papes de Vatican II, les actes de ce Concile ne ressortissent donc que du Magistère authentique de l'Église, de soi non-infaillible.
Enfin, comme les doctrines exprimées à Vatican II sont au moins favens haeresim si pas hérétiques, en tous cas en non-adéquation certaine avec la Foi et la Tradition doctrinale, elles ne peuvent donc jamais avoir été l'expression d'un vrai Magistère ecclésial, car c'est le criterium doctrinal, et lui seul, qui décide si le Magistère est acté ou bien non. Théologiquement, Vatican II n'est en fait qu'un Magistère authentique de soi non-infaillible.
En conclusion, autant par la forme que par le fond, nous nous trouvons donc à Vatican II avec un non-Magistère ; une génération ecclésiale universelle donnée de "membres enseignants" avec le pape légitime actuel a eu beau se réunir comme, à beaucoup près, elle ne s'était jamais réunie aussi nombreuse auparavant depuis les assises de l'Église, elle n'a cependant pas manifesté le Magistère infaillible de l'Église catholique.
Ainsi donc, Vatican II n'exprimant qu'un non-Magistère, la Constitution divine de l'Église n'en est atteinte d'aucune manière, et la solution viendra lorsqu'un bon pape envoyé par la Miséricorde de Dieu permettra de reprendre l'intégralité de la Foi.
1/ "Le Magistère ordinaire & universel de l'Église n'est pas acté à Vatican II, car il ne peut être mis en œuvre que dans la dispersion épiscopale universelle".
On reste ébahi, stupéfait, et cela dure depuis vingt ans pour le moins, de devoir constater que des prêtres présumés intelligents, savants, sérieux, aient pu s'appuyer sur un raisonnement aussi insensé, aussi fou, que celui-là, sans en prendre le moins du monde conscience.
Sur le sujet, la question primordiale de fond, questio magna, est en effet celle-ci :
Depuis quand un lieu théologique, comme l'est suprêmement le Magistère ordinaire & universel, peut-il avoir pour fondement et base juste un... accident, comme l'est la dispersion épiscopale universelle ?
Un lieu théologique, comme l'est le Magistère ordinaire & universel, ne peut bien évidemment avoir un accident comme fondement essentiel, mais seulement une substance.
Ce n'est même plus la théologie mais la métaphysique élémentaire qui invalide complètement leur raisonnement.
Ce qui fonde premièrement le Magistère ordinaire & universel, ce sont des formes vivantes, les évêques d'une génération ecclésiale donnée una cum le pape actuel, dans n'importe quel mode d'exercice, soit rassemblé soit dispersé.
Et ces formes vivantes dotés de l'Autorité divine, qui sont toute la substance du Magistère ordinaire & universel, se mettent en branle et posent l'acte spécifique du Magistère ordinaire & universel, à savoir, l'enseignement doctrinal simple et inchoatif, dit dangereusement non-définitif en nos temps modernes.
La substance du Magistère ordinaire & universel, c'est donc :
1) des personnes vivantes,
2) qui posent l'acte spécifique au Magistère ordinaire & universel.
Lequel est un enseignement fragmenté débité par les "membres enseignants" aux "membres enseignés" selon les besoins et désirs spirituels d'une génération ecclésiale donnée, sous l'inspiration du Saint-Esprit, lequel enseignement particulier et fragmenté, épousant au fil des siècles d'autres enseignements inchoatifs de même nature sur le même point de doctrine, va finir par aboutir à ce que le bénédictin Dom Paul Nau appelle une sententia finalis terminativa, c'est-à-dire une définition dogmatique aux termes théologiquement achevés.
J'ai ici bien résumé le fondement substantiel du Magistère ordinaire & universel, et il serait vraiment bon que les lefébvristes en apprennent bien la leçon : un enseignement ordinaire simple et inchoatif délivré à l'universalité des fidèles par les évêques una cum le pape actuel d'une génération ecclésiale donnée, quel que soit le mode, rassemblé ou dispersé, dans lequel ils se situent pour le faire.
Rien à voir, cette fois-ci, avec un accident, par définition non-substantiel. Nous sommes là les pieds dans le roc d'une substance.
C'est seulement par antonomase que Pie IX, Vacant, etc., dénomment le Magistère ordinaire & universel, "les évêques dispersés", autrement dit par sa manière commune, habituelle et ordinaire d'exister, laquelle n'est, il est capital de le bien comprendre, qu'un de ses caractères accidentels dominants mais nullement substantiel.
L'antonomase est une figure de style qui décrit un être par un caractère dominant de ce qu'il est, une image qui frappe, mais qui n'est pas sa substance.
Par exemple : appeler Harpagon quelqu'un d'avare, selon le nom consacré à l'avare par Molière dans sa pièce de théâtre, c'est le dénommer selon son (vilain) trait de caractère dominant ; en résulterait-il, je vous prie, que si ce quelqu'un se convertissait et cesserait d'être avare et donc Harpagon, il cesserait par le fait même d'exister ? Bien sûr que non, n'est-ce pas.
Car cette appellation antonomastique basée sur son caractère dominant ne touche pas à la substance métaphysique de ce qu'il est. Il est un être humain et il continuera bien évidemment à être un être humain s'il cesse d'être avare.
Si les évêques sont rassemblés, quoiqu'étant toujours les mêmes et substantiels sujets du Magistère ordinaire & universel habilités à en poser l'acte spécifique, qui est l'enseignement doctrinal quotidien simple et inchoatif, alors, là, les lefébvristes osent soutenir qu'ils... n'existent plus en tant qu'acteurs du Magistère ordinaire & universel !!
Or, Pie IX, Vacant et les autres théologiens qui appellent le Magistère ordinaire & universel par son mode d'exister le plus commun, habituel et ordinaire, à savoir la dispersion épiscopale universelle, n'ont pas du tout prétendu, comme veulent le croire les lefébvristes, donner par cette appellation antonomastique, une substance à cette manière dispersée d'exister du Magistère ordinaire & universel.
Ils ont simplement appelé le Magistère ordinaire & universel par son caractère dominant et habituel d'existence, par une antonomase qui est toujours un accident.
Ce qui signifie que non seulement cette appellation antonomastique ne révèle pas ce qu'est la substance du Magistère ordinaire & universel, mais qu'en plus, l'être substantiel du Magistère ordinaire & universel n'en dépendant nullement, le Magistère ordinaire & universel peut très bien exister et se manifester d'autres manières.
Car rappelons-le encore, les lefébvristes montrant hélas qu'ils ont besoin d'en bien apprendre, la substance du Magistère ordinaire & universel, c'est des personnes vivantes posant l'acte spécifique du Magistère ordinaire & universel, à savoir l'enseignement doctrinal simple.
Elles peuvent donc très-bien, ces personnes vivantes du Magistère ordinaire & universel qui sont les évêques et le pape actuel d'une génération ecclésiale donnée, poser l'acte spécifique du Magistère ordinaire & universel lorsque, au contraire d'être dispersées, elles sont réunies et rassemblées en un même lieu, dans le cadre d'un concile œcuménique.
Les évêques rassemblés en concile œcuménique en effet, peuvent théologiquement, aussi bien que ceux dispersés dans l'orbe catholique, mettre en œuvre le Magistère ordinaire & universel.
C'est pourquoi, on voit par la suite des temps après Vatican 1er, les théologiens sérieux gommer de plus en plus cette négative et accidentelle façon d'appeler le Magistère ordinaire & universel de façon antonomastique, "les évêques dispersés", car cette appellation induit beaucoup en erreur si on a l'inintelligence grande de la prendre pour une substance comme le font les lefébvristes.
Malheureusement, les lefébvristes ne l'ont pas compris et en sont restés à conceptualiser premièrement le Magistère ordinaire & universel par un simple accident de celui-ci, reprochant même, dans leur aveuglement complet, à ceux qui, dans une intelligente démarche théologique quant à eux, sont sortis de l'accident pour appréhender le fondement substantiel du Magistère ordinaire & universel, de ne pas en rester à... l'accident, comme on voit l'abbé Gleize le faire sans vergogne avec l'abbé Lucien.
Dans "L'autorité du concile Vatican II", le porte-plume théologique de la Fsspx endosse sans trop de complexe l'habit du donneur de leçons, sa leçon consistant à vouloir faire d'un accident une substance, alors que c'est lui, porte-plume lefébvriste privilégiant l'accident sur la substance, qui doit en recevoir une, de magistrale leçon, précisément sur le sujet sur lequel il prétend donner leçon.
Par ailleurs, dans cet article, l'abbé Gleize "oublie" un mode très-important de l'infaillibilité ecclésiale lorsqu'il les liste, mode qui aurait pu l'éclairer sur le vrai sens du mot "universel".
Il en voit seulement trois, à savoir :
1/ le pape faisant seul une déclaration dogmatique définitionnelle,
2/ le pape faisant cette même déclaration dogmatique non plus seul mais avec tous les évêques en union morale avec lui (et pas obligatoirement rassemblés dans une aula conciliaire, comme veut le croire l'abbé Gleize)
Sur le plan théologique en effet, on pourrait tout-à-fait bien supposer le pape faisant une proclamation dogmatique extraordinaire avec tous les évêques dans leur mode de dispersion universelle, chaque évêque dans son diocèse faisant la proclamation dogmatique en même temps que le pape à Rome la ferait.
Bien qu'il ne soit pas là question d'infaillibilité, la chose n'a-t-elle pas été demandée par la Vierge de Fatima pour faire la Consécration de la Russie ?
3/ le pape et les évêques cum Petro et sub Petro faisant ensemble un simple enseignement doctrinal inhérent au Magistère ordinaire & universel... rassemblés ou dispersés, contrairement à ce que veut croire notre porte-plume lefébvriste.
Mais notre porte-plume "oublie" le :
4/ à savoir le pape actant tout seul le Magistère ordinaire & UNIVERSEL, dans son enseignement ordinaire quotidien, chaque jour que Dieu fait, singulis diebus, du haut de sa cathèdre romaine, mode qu'a magnifiquement développé en son temps Dom Paul Nau en deux articles très-savants et très-riches parus dans la Revue thomiste.
Or, je viens de mettre le mot UNIVERSEL en majuscules. Si le pape, lorsqu'il met en œuvre ce quatrième mode de l'infaillibilité est "virtuellement universel", selon le mot d'un certain P. Congar rapporté par Dom Paul Nau, cela signifie évidemment que la note d'universalité n'a rien à voir avec la dispersion épiscopale universelle.
Est-ce pour cela que le porte-plume théologique de la Fsspx a fait l'impasse sur ce quatrième mode...?
A-t-il "oublié" que Vacant évoque l'emploi de l'infaillibilité du mode ordinaire & universel par le pape seul, d'une manière vraiment très-inspirée, car il écrit en 1887 et à cette époque presque immédiatement post-Vatican 1er, la notion n'était pas encore dégagée en Église ?
Or, il me semble que c'est vraiment le moment de rappeler que les évêques rassemblés autour du pape participent ipso-facto à l'infaillibilité ordinaire du pape.
C'est ce qu'un certain... Marcel Lefebvre apprenait lorsque, jeune encore et simple potache, il étudiait sa théologie à Rome :
"Marcel Lefebvre s'inscrivit le 2 novembre 1925 au «cours majeur» de théologie de la Grégorienne. (…) Le cours insistait sur l'existence d'un magistère visible et vivant (à l'encontre du sola scriptura de Luther), sur l'infaillibilité du pape parlant ex cathedra et sur celle des conciles œcuméniques «qui participent à l'infaillibilité ordinaire du Souverain Pontife»"
(Marcel Lefebvre, une vie, Bernard Tissier de Mallerais, p. 53).
Or, qui sont les membres actifs des conciles œcuméniques ?
Les évêques rassemblés.
Et donc, ils participent à l'infaillibilité ordinaire du pape actuel.
C'est très-bien dire, dans un raccourci lapidaire et complet, que les évêques cum Petro et sub Petro peuvent tout-à-fait, rien ne s'y oppose, poser des actes du Magistère ordinaire & universel dans le cadre d'un concile œcuménique.
Quel dommage que Mgr Lefebvre puis ses fils spirituels n'aient pas retenu la bonne leçon qu'il avait apprise en 1925...!!