Marie est-elle Reine, ou Mère ? Réponse de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus à L.E.
« toute seule (j’ai honte de l’avouer) la récitation du chapelet me coûte plus que de mettre un instrument de pénitence… Je sens que je le dis si mal ! J’ai beau m’efforcer de méditer les mystères du rosaire, je n’arrive pas à fixer mon esprit…»
Mais il(s) oublient complètement la première partie où elle dit :
« J’aime beaucoup les prières communes car Jésus a promis de se trouver au milieu de ceux qui s’assemblent en son nom je sens alors que la ferveur de mes sœurs supplée à la mienne ».
Ils l'ommettent, car Thérèse nous y fait clairement comprendre son amour pour la récitation communautaire du chapelet avec ses soeurs, et cela les contrarie dans leur tentative.
Mais il y a encore plus ! Lisons la suite.
« Longtemps je me suis désolée de ce manque de dévotion qui m’étonnait, car j’aime tant la Sainte Vierge qu’il devrait m’être facile de faire en son honneur des prières qui lui sont agréables.»
---> Et donc, pour sainte Thérèse de l'Enfant Jésus : honorer la sainte Vierge en lui adressant des prières et des cantiques qui lui soient agréables n'est pas du tout une histoire de s'acquitter d'on ne sait trop quelle "obligation d'honorer une grande reine orgueilleuse de ce monde".
Pas du tout ! Pour elle, honorer ainsi la sainte Vierge est :
UNE QUESTION D'AMOUR.
Mais on pourrait aussitôt objecter que si Thérèse aime honorer Marie, ce n'est pas parce qu'elle est une Reine ( donc forcément orgueilleuse, au sentiment de certain ), mais uniquement parce qu'elle est une "petite mère comme toute les autres", effacée au possible, rentrant dans sa poussière devant la grandeur de Dieu, refusant la gloire, etc.
Pour nous détromper, lisons la suite :
"Maintenant je me désole moins, je pense que la Reine des Cieux étant ma MÈRE, elle doit voir ma bonne volonté et qu’elle s’en contente."
Vous avez bien lu : pour Thérèse, il n'y a aucun choix à faire entre une Marie glorieuse Reine des Cieux, et une Marie soit disant microscopique dans sa fausse humilité et refusant la gloire que Dieu lui offre.
Pour Thérèse au contraire : c'est parce que Marie est si puissante comme Reine des Cieux, et la plus tendre des Mères tout à la fois, qu'elle est vraiment son espérance, le véritable "Refuge des pécheurs" auquel Jésus nous laisse lorsqu'il remonte aux Cieux.
"Quelquefois, lorsque mon esprit est dans une si grande sécheresse qu’il m’est impossible d’en tirer une pensée pour m’unir au Bon Dieu, je récite très lentement un »Notre Père« et puis la salutation angélique ; alors ces prières me ravissent, elles nourrissent mon âme bien plus que si je les avais récitées précipitamment une centaine de fois…"
Telle était la dévotion privée de sainte Thérèse, à la fois inspirante pour nous tous - et Ô combien ! - et tout à la fois : SA dévotion personnelle, qu'il ne s'agit pas forcément d'imiter, tant il est vrai que réciter en privé le chapelet peut représenter pour beaucoup de fidèles une source incomparable de grâce céleste, car cela les unis à Jésus notre Sauveur ainsi qu'à sa Mère.
"La Sainte Vierge me montre qu’elle n’est pas fâchée contre moi, jamais elle ne manque de me protéger aussitôt que je l’invoque."
C'est extraordinaire ! Bien loin de nous dire que sa dévotion si minimaliste serait le signe que Marie ne serait pas pour elle vraiment une Reine, c'est tout l'inverse !
Pour Thérèse, Marie montre d'autant plus sa royauté de Mère envers elle, qu'elle répond immédiatement et pleinement à son humble appel, aussi vite et efficacement que lorsqu'on s'adresse à Dieu en Personne.
"S’il me survient une inquiétude, un embarras, bien vite je me tourne vers elle et toujours comme la plus tendre des Mères elle se charge de mes intérêts. Que de fois en parlant aux novices, il m’est arrivé de l’invoquer et de ressentir les bienfaits de sa maternelle protection ! » (Ms C, 25v)
On voit là toute la confiance que Thérèse porte à sa Mère des Cieux, d'autant plus forte qu'elle sait pertinemment tout le pouvoir que cette grande Reine a sur le Coeur Sacré de son Fils.
Pour Thérèse, Marie peut donc être Mère car elle est Reine, et être Reine parce qu'elle est Mère : les deux vont ensemble, et ne peuvent pas être séparés.