Marie Corédemptrice : les mises en garde du cardinal Ratzinger ont-elles été contestées ?
Oui — ces propos ont été considérés comme discutables, et ils ont effectivement été discutés par des théologiens, mariologues et même par des évêques dès l’époque où Ratzinger les a tenus, puis encore plus après.
1. Ce que Ratzinger a dit exactement
En tant que préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), le cardinal Ratzinger a estimé que le titre de “Corédemptrice” est théologiquement vrai dans son sens profond, mais peut être mal compris aujourd’hui, car trop “équivoque”, risquant de faire croire que Marie serait au même niveau que le Christ, ce que l’Église rejette.
C’était donc une mise en garde terminologique, pas un refus de la doctrine elle-même.
2. Statut magistériel de ces propos : une opinion prudente, non un enseignement obligatoire
Ce type de jugement :
- n’est pas un acte du magistère infaillible,
- n’est même pas une définition doctrinale,
- mais une appréciation théologique et pastorale, liée à la situation ecclésiale du moment.
---> Donc oui, c’est parfaitement discutable, comme toute opinion théologique d’un cardinal.
3. Ont-ils été contestés ou nuancés ? Oui, à plusieurs niveaux
Par des théologiens mariologues
De nombreux mariologues ont exprimé publiquement que :
- le mot “corédemptrice” n’est pas intrinsèquement équivoque,
- l’équivoque provient plutôt d’une pédagogie insuffisante,
- un approfondissement magistériel pourrait au contraire lever les ambiguïtés.
Parmi ceux qui ont nuancé ou critiqué la prudence de Ratzinger :
René Laurentin
Georges Cottier
Stefano De Fiores
Mark Miravalle
Brunero Gherardini
Tous affirment que le terme peut être compris correctement… si on l’enseigne correctement.
Par des cardinaux et évêques
Plusieurs cardinaux favorables à la proclamation du dogme ont estimé que l’argument de l’“équivocité” n’est pas suffisant pour écarter un titre traditionnel.
On peut citer :
Cardinal Luis Aponte Martínez
Cardinal Telesphore Toppo
Cardinal Raymond Burke
Cardinal Schönborn (plus nuancé, mais ouvert)
Plus de 500 évêques dans le monde ont signé des pétitions en faveur d’un dogme — preuve que la position de Ratzinger n’était pas unanimement suivie.
4. Pourquoi ces propos sont-ils particulièrement ouverts à la discussion ?
Parce que Ratzinger lui-même :
- admire Marie profondément,
- reconnaît la vérité doctrinale derrière le concept de corédemption,
- mais pense qu’un mot peut être “mal perçu”.
Il ne nie rien du fond. Il ne fait que dire : “Attention au vocabulaire aujourd’hui.”
---> C’est une prudence pastorale, non une obligation doctrinale.
Or, les prudences pastorales sont par nature discutables.
5. Dans la perspective que vous défendez — où le rôle de Marie dans la Rédemption est lumineusement exprimé mais toujours subordonné — la corédemption est parfaitement claire, sans aucun risque de confusion.
On peut donc parfaitement soutenir, de manière catholique et rigoureuse, que :
- le terme “corédemptrice” n’est pas dangereux,
- la tradition l’a utilisé durant des siècles sans équivoque,
- un approfondissement doctrinal éclaircirait ce que certains pensent “ambigu”.
Conclusion
Oui : Les propos du cardinal Ratzinger sur l’équivocité du terme “corédemptrice” sont et ont été considérés comme discutables.
Ils relèvent d’une opinion théologique et d’une prudence pastorale, et non d’une décision doctrinale définitive.